Auteure Inger Frimansson

Née en 1944 à Stockholm, Inger Frimansson a grandi dans différentes localités de la Suède centrale. Elle habite aujourd’hui Södertälje au sud de Stockholm où elle vit avec son mari. Dans sa jeunesse, Inger Frimansson a remporté plusieurs concours littéraires (dont, en 1963, celui appelé le ”petit prix Nobel”). Ce n’est pourtant qu’en 1984 qu’elle a fait sa véritable entrée sur la scène littéraire avec Dubbelsängen (Le lit double).

Inger Frimansson a ainsi songé très tôt à devenir écrivain mais c’est comme journaliste qu’elle a entamé sa carrière dans l’écriture. Passant volontiers d’un genre à l’autre, elle a publié aussi bien des romans, des poèmes et des nouvelles que des livres pour la jeunesse. Ses romans se situaient souvent à la lisière du thriller psychologique. En 1997 elle sauta le pas avec son thriller Fruktar jag intet ont (Je ne crains aucun mal).

La consécration est venue à Inger Frimansson en 1998 avec God natt min älskade (Bonne nuit mon amour), couronné par l’Académie suédoise du roman policier en tant que meilleur roman policier suédois de l’année. Motivation du jury: ”Un thriller psychologique sur l’égarement et la vengeance qui s’empare du lecteur et ne le lâche plus de longtemps.” À l’automne 2002 est paru De nakna kvinnornas ö (L’île des femmes nues), autre thriller psychologique sur une violente passion et un meurtre commis sous l’empire de la colère. En 2003, Mörkerspår (Traces obscures), a reçu un accueil enthousiaste de la part de la critique. Dernier en date, Skuggan i vattnet (L’ombre dans l’eau) est paru en 2005 et a été publié simultanément comme feuilleton de l’été, sur 57 numéros, par l’un des grands journaux nationaux du matin (Svenska Dagbladet). Quelques années plus tôt il en était allé de même de Katten som inte dog (Le chat qui ne mourut pas) dans l’autre grand journal du matin (Dagens Nyheter).

Inger Frimansson a été traduite en plusieurs langues. Ses romans pour les adultes ont été publiés en Norvège, en Lettonie, aux Pays-Bas, en Finlande, au Danemark, en Espagne, en Allemagne, aux États-Unis, en Bulgarie, en Pologne, en Chine, au Japon, en Taiwan, en Russie et en France.

Foto: Leif Hansen ©

INGER FRIMANSSON

Elle a retrouvé ses attaches françaises et ses thrillers paraissent maintenant en France

« J’étais encore une ado et je me suis retrouvée dans une maison pleine d’enfants. C’était dur. J’ai appris assez de français pour riposter quand on me cherchait, et aussi à me battre si on venait aux mains. Mes parents en Suède croyaient que j’avais la belle vie. Je me suis bien gardée de les détromper. »

C’est ce que raconte Inger Frimansson, qui est aujourd’hui l’un des auteurs suédois les plus cotés dans le genre thriller psychologique. Elle est la seule femme à avoir obtenu deux fois le grand prix de l’Académie suédoise de littérature policière pour le meilleur roman policier suédois de l’année. Les deux ouvrages couronnés ont d’ailleurs accessibles au public français. Le premier est sorti l’an dernier. C’est celui qui a consacré, Bonne nuit, mon amour, dont les droits ont déjà été vendus à 16 pays. Le second, L’ombre dans l’eau, sera publié en français cette année.

La France, Inger Frimansson l’a découverte dans les années soixante. Elle s’appelait alors Wilén de son nom de famille.

« Cela ressemblait trop à vilaine pour ne pas encore me compliquer la vie », dit-elle.

Elle avait remporté un concours organisé par une maison d’édition sous le nom de “Petit Prix Nobel”. Cela lui avait valu l’attention des médias et elle avait même été invitée à assister à la remise des Prix Nobel en décembre 1963 à Stockholm.

Parmi les relations familiales il y avait une dame d’origine française. Celle-ci connaissait une famille française toute prête à accueillir les jeunes qui s’étaient distingués chez eux dans le domaine culturel. C’est ainsi qu’en 1964 Inger partit pour Annecy.

« Dans la famille se trouvait aussi un violoncelliste suisse Bruno. On ne nous demandait pas grand chose. Simplement de nous intégrer à la famille, d’aider de temps en temps à la vaisselle et de faire nos lits. Et puis bien sûr d’essayer d’apprendre le français. »

Pour l’été, la famille avait loué une des vieilles maisons blanches du village de Chaucres dans l’île d’Oléron, sur la côte atlantique. Les cousins des enfants devaient venir avec ainsi qu’Inger et Bruno.

« Les grandes bandes de jeunes du continent prenaient possession de l’île l’été. Elles déferlaient en hordes la nuit. Il ne faisait pas bon venir d’ailleurs comme nous. Les jeunes Français étaient méfiants et protégeaient leur territoire. Ils nous jugeaient sur notre incapacité à parler leur langue. Ils étaient immatures et brutaux. Pour nous éduquer, ils usaient des sarcasmes et de la violence. Et quand j’y pense maintenant, je dois reconnaître que ça marchait. C’est là-j’ai appris le français. À un niveau assez élémentaire certes, mais avec une prononciation impeccable. »

Ce fut une période dans la jeunesse d’Inger Frimansson radicalement différente de tout ce qu’elle a vécu par ailleurs et, oui, cela a laissé des traces.

« Quand j’ai quitté l’île au bout de près de deux mois pour rentrer en Suède, j’ai écrit dans mon journal que je ne voulais jamais y retourner. Jamais plus cette position d’infériorité. Si néanmoins, dans un avenir lointain, contre toute attente, revenir, du moins ce ne serait pas seule. Effectivement je n’étais pas seule quand je suis revenue, il y a deux étés de cela : j’avais emmené mon mari. »

Chaucres était resté comme avant – mais pas vraiment. Inger Frimansson et son mari parcoururent les rues sinueuses du village avec une série de photos d’autrefois. Ils retrouvèrent la plupart des sites, mais pas la maison qu’avait louée la famille. Celle-ci avait été complètement transformée, devait expliquer plus tard Simone Broué qui a vécu à Chaucres depuis les années 1920 et qui assista Inger dans ses recherches.

« Finalement, j’ai commencé peu à peu à reconnaître des détails. Mon mari m’a photographiée dans les mêmes postures que sur les vieilles photos. C’était un sentiment troublant. Tout était pareil et pourtant différent. Ce qui autrefois était à moitié écroulé avait été restauré avec soin. Les volets avaient été peints en vert clair ou en bleu. Sur le couvercle du puits il y avait une plante rose dans un pot. C’était là que nous prenions notre eau en ce temps-là. Maintenant on a l’eau courante. »

Il y a une chose à laquelle Inger Frimansson a souvent repensé au cours de toutes ces années après sa première visite à Chaucres. Un jour, “Madame” lui avait dit en confidence : « Mademoiselle a-t-elle remarqué ce qui est curieux dans cette île ? On n’y voit pas de vieux. Pas un seul. »

« Cela ne m’avait pas frappé, dit Inger Frimansson, mais je réalisais aussitôt que c’était pourtant vrai. Pas de petites vieilles en fichu, pas de vieillards noueux avec leur canne. Rien que des gens d’âge moyen et des jeunes. J’éprouvais soudain un sentiment de malaise. »

« Mais alors…, demandais-je, où sont-ils ? »

« Ils sont morts, dit-elle tristement. Tous les vieux sont morts. Quand les îliens sentent qu’ils commencent à se faire vieux et qu’ils risquent de se retrouver à la charge d’autrui, ils se pendent. »

Je bredouillais tout en repassant dans ma tête le système compliqué des adjectifs numéraux français : « Mais enfin, nous vivons à une époque moderne. Nous sommes tous de même dix-neuf cent soixante-quatre… (Était-ce bien comme ça qu’il fallait dire ?) »

Madame s’est un peu tassée sur elle-même. « Oui, a-t-elle dit, mais ici à Oléron les gens ne vivent pas tous à fait à la même époque que nous. Peut-être les écrivants comme vous pourront-ils les aider à commencer à voir les choses autrement. »

Inger Frimansson cheminait depuis plus d’une heure avec Simone Broué quand elle s’est enfin décidée à lui poser la question qu’elle brûlait de lui poser.

« Dites-moi… Ce que “Madame” m’a raconté un jour en 1964, est-ce qu’il peut y avoir du vrai là-dedans ? »

Simone Broué a passé sa main dans ses cheveux coupés courts et elle a ri.

« Ah oui. Dix-neuf cent soixante-quatre… Oui, qu’alors les choses se soient passées comme ça, c’est tout à fait possible. Mais regardez-moi ! Plus maintenant ! J’ai plus de quatre-vingts ans et, comme vous le voyez, je me promène ici avec vous. »