Némésis suédoise
Pas besoin de tueurs en série ou de pervers hyperboliques pour effrayer: les gens ordinaires y suffisent bien, et de nombreux auteurs scandinaves se plaisent à le rappeler. Comme l’Islandais Indridason, le Suédois Mankell et sa compatriote Inger Frimansson, dont on entame le Bonne nuit, mon amour en se demandant comment, avec son écriture anodine et son histoire assortie, il a pu décrocher le prix du roman noir local. On reçoit la réponse en plein visage en referment le livre. Cette vie de Justine, 45 ans, ne cesse d’intriguer. Héritière parmi d’autres dans la prospère social-démocratie nordique, sa blondeur, ses rondeurs et sa fortune cachent l’enfant martyr qu’elle n’a jamais cessé d’être, et qu’elle entend bien venger … Frimansson raconte cette Némésis moderne en usant d’une forme á son image: fragmentée, mêlant passé, présent, incursions vers les parents et coup d’œil chez les amants. Elle réussit á nous la faire craindre, tout en nous empêchant de la détester: Justine n’a rien d’un monstre, même si ses actes, souvent monstrueux, justifient le classement de sa biographie fictive en thriller.
Alexis Brocas, Le Figaro Magazine. 2 octobre 2010
Roman traduit du suédois par Carine Bruy

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